jeudi 26 janvier 2017

Retour au Botswana

"Elle avait compris comment l'Américaine voyait les choses et saisi la difficulté qu'il y aurait à transmettre ces vérités subtiles à une personne qui pensait que le monde était entièrement explicable par la science. Les Américains étaient très intelligents : ils envoyaient des fusées dans l'espace et inventaient des machines capables de réfléchir plus vite que n'importe quel être humain, mais toute cette intelligence les rendait aveugles. Ils ne comprenaient pas les autres peuples. Ils pensaient que tout le monde voyait les choses de la même façon qu'eux-mêmes, ce en quoi ils se trompaient. La science ne représentait qu'une partie de la vérité. Il existait également beaucoup d'autres choses qui rendaient le monde tel qu'il était, et les Américains ne les remarquaient pas toujours, bien qu'elles fussent présentes en permanence, là, sous leur nez." p121, éditions 10/18



Suite des aventures de Mma Ramotswe, première femme détective du Botswana, où elle a ouvert son agence : la disparition d'un jeune homme, un affaire d'adultère et une demande en mariage, vont fortement l'occuper.
Derrière la naïveté apparente du récit se révèlent une profondeur touchante, et un grand amour de l'auteur pour un pays, sa population et sa culture.
Pas de meurtres ici, on n'est pas au Nigéria, comme disent les protagonistes, mais tout de même de méchantes gens à punir en quantité suffisante pour donner du travail à notre détective.
J'en suis fan.
Les Larmes de la Girafe, d'Alexander McCall Smith.
 

vendredi 13 janvier 2017

Grand froid

Un Gros Bobard et Autres Racontars est un des volumes des aventures des trappeurs de la côte Nord Est du Groenland, si chers à Jorn Riel. Des hommes rudes, solitaires, parfois violents, et d'une humanité profonde, qui rend ces récits, à peine exagérés, si délicieux.
Que ce soit la transformation du farouche capitaine Olsen sous le coup de l'amour, l'orchestre du nouvel an, ou l'accueil d'un club d'alpiniste, toutes les histoires sont jubilatoires.


Extrait p69, éditions 10/18 : Les alpinistes viennent de reprendre le bateau

-  Lasselille a l'air encore plus penaud que d'habitude, raconta Mads Madsen. On dirait presque qu'il s'est mis à chialer. Allons bon, qu'est-ce qu'il a encore fait, le fiston ?
Il posa la question directement à Lasselille quand celui-ci remonta de la plage en rasant le sol.
- Je voulais leur faire plaisir, renifla le jeune chasseur. J'suis monté jusqu'en haut de l'Alaine pour vérifier qu'ils n'avaient rien oublié. Et j'ai trouvé ça, c'était resté accroché en haut avec quelques clous en cuivre.
Bjorken prit la petite plaque de laiton que Lasselille lui présentait.
"Le club des Joyeux Montagnards Danois de 1897 a posé cette plaque en souvenir de son escalade de l'Alaine lors de l'été 1936."
Le chef de station regarda, méditatif, son élève.
- Hum, et Frederiksen ne voulait donc pas la récupérer ?
- Il m'a traité de voyou et de choses pires encore, sanglota Lasselille.
Bjorken lui donna la plaque.
- Je propose, mon garçon, que tu cloues cette plaque au-dessus de ta couchette pour toujours te remémorer que dans ce bas monde il ne faut jamais s'attendre à la reconnaissance des gens.

Une lecture qui me rend toujours aussi heureux.

jeudi 5 janvier 2017

Un autre James Bond

Je me rends compte que j'ai omis d'écrire tout le bien que j'avais pensé d'Au Service Surnaturel de Sa Majesté, de Daniel O'Malley.
C'est un premier roman, extrêmement plaisant.
Il emprunte un peu au cycle The Laundry de Stross, un service secret de plus au service de la Reine. Il chasse le démon, comme le précédent. Mais celui-ci est plus physique, et moins technologique, que le précédent. Plus volontiers humoristique également.
L'ensemble est bien pensé, bien construit, un peu sanguinolent, agréablement cohérent et riche en rebondissements.

Une pépite pour amateurs d'univers fantastico-contemporains, fans de MIB à la sauce lovecraftienne et autres doux rêveurs.

La Balade de la Geôle de Reading

Je viens à l'instant de terminer Oscar Wilde et le Mystère de Reading, de Gyles Brandreth. Le plus sombre des six romans que Brandreth a consacré à Oscar Wilde. Une intrigue criminelle, comme toujours, mais qui n'est pas le coeur du roman, ce dernier relatant principalement le séjour en prison de Wilde, condamné à deux ans de travaux forcés (1895-1897) pour homosexualité.
C'est l'histoire, le roman, le mieux écrit (fort bien traduit), le plus intelligent, que j'aie lu depuis longtemps. Combien a dû être grande la difficulté (la souffrance?) pour l'auteur de faire évoluer Wilde dans un environnement carcéral où toute parole était proscrite, alors qu'une grande partie du bonheur des ouvrages précédentes résidait justement dans ses saillies.



J'en retiendrai une ici : "je méprise les journalistes : ils passent leur temps à s'excuser en privé de ce qu'ils ont écrit en public."

   

lundi 5 septembre 2016

L'entité endormie dans les eaux profondes

Cette entité n'est pas Cthulhu, mais le Kraken, monstruosité céphalopode faisant l'objet d'un culte de la part de mystérieux adorateurs.
Des cultes mystérieux, des cultistes fanatiques, une brigade spéciale anti-ces sombres choses, une fois de plus Londres révèle ses faces les plus mystérieuses. China Mieville, avec Kraken, écrit son propre Neverwhere. Avec style, brio.


Lecture trop déjantée pour le lecteur non averti et l'amateur d'action pure. A réserver aux amateurs d'occultisme, de références tordues et de beauté littéraire.

NB : Prix Locus du meilleur roman de fantasy 2011

Un goût de madeleine

Avec l'Océan au Bout du Chemin, Neil Gaiman signe un roman plus autobiographique que les précédents.
Le narrateur retourne dans le patelin de son enfance suite au décès de son père. Des souvenirs lui reviennent. L'envie de revoir la maison familiale. De poursuivre le long du chemin. Jusqu'à une vieille ferme. Le souvenir d'une petite fille, son amie, qui s'est sacrifiée pour lui à l'époque et a dû partir au bout de l'océan, derrière l'étang.



Le talent de Neil Gaiman me touche et me bouleverse toujours autant. J'ai lu ce récit d'une traite.

NB : Prix Locus du meilleur roman de fantasy 2014

dimanche 4 septembre 2016

Rouge sur Noir

Les mots ciselés, concis et justes, de Baricco, pour une histoire de vengeance suite à une guerre civile. Une petite fille qui survit à son père et qui attend son heure, l'heure de retrouver ses meurtriers.

Sans Sang, d'Alessandro Baricco : le bonheur de lire un grand écrivain, brut.